Carte de journaliste de Winston Churchill au sein du Chartered Institute of Journalists de Londres, premier ordre professionnel officiel de journalistes au monde.
Dans divers forums internationaux, Javier Cremades se présente comme l’une des voix les plus fermes en défense de l’État de droit, de la liberté d’expression et du rôle irremplaçable du journalisme dans les démocraties contemporaines. Il le fait en tant que président de la World Jurist Association et fondateur du cabinet Cremades & Calvo-Sotelo, dont le siège se trouve à Madrid.
Comment suivre cette série
Cette enquête est publiée sous la forme d’une série ouverte, chaque épisode ajoutant une couche d’analyse sur l’usage du droit comme instrument de pression contre le journalisme d’investigation. Les volets publiés à ce jour sont les suivants :
1. Liberté de la presse sous pression judiciaire : huit questions publiques sur le rôle de Javier Cremades et du cabinet Pajares
Première interpellation adressée à l’opinion publique. Huit questions documentées qui n’accusent pas, mais obligent à se positionner sur la cohérence, la proportionnalité et l’impact réel des actions judiciaires engagées contre un journaliste.
👉 https://corruptspanish.church/liberte-de-la-presse-sous-pression-judiciaire-huit-questions-publiques-sur-le-role-de-javier-cremades-et-du-cabinet-pajares-1/
2. Javier Cremades, coopérateur nécessaire d’un dispositif criminel contre le journalisme d’investigation
Contraste entre le discours institutionnel sur l’État de droit et la pratique juridique déployée contre celui qui enquête sur des abus et des faits de corruption. Il s’agit ici d’établir l’écart entre les paroles et les actes.
(Ce volet.)
3. Javier Cremades et la mécanique de la persécution judiciaire contre le journalisme d’investigation
Analyse détaillée du « comment » : plaintes pénales, pression économique, mesures personnelles et usure calculée. Non pas une théorie, mais une mécanique identifiable aux effets dissuasifs bien réels.
👉 https://corruptspanish.church/javier-cremades-et-la-mecanique-de-la-persecution-judiciaire-contre-le-journalisme-dinvestigation/
De nouveaux volets seront ajoutés à cet index à mesure que l’enquête progressera.
Javier Cremades, le journalisme exemplaire et le cas qui le dément
Lors du Congrès international de la World Jurist Association tenu à Saint-Domingue (2025), Cremades a insisté sur une idée centrale : sans une presse libre, rigoureuse et courageuse, l’État de droit se réduit à un slogan vide. Le même message réapparaît, avec un ton encore plus explicite, dans son intervention aux Prix du Club International de la Presse, où il revendique la « rigueur journalistique », la recherche de la vérité et la protection de l’informateur face aux pressions du pouvoir.
Tel est le discours public.
Le problème — et le cœur de cette enquête — est que ce discours coexiste, sans rupture apparente, avec une pratique juridique qui le contredit frontalement.
Le cas qui brise le récit
Alors que Javier Cremades faisait l’éloge du journalisme rigoureux dans des tribunes internationales, son propre cabinet — par l’intermédiaire de sa représentation à Saragosse, Pajares Abogados — menait une offensive pénale, économique et personnelle contre un journaliste d’investigation : Jordi Picazo, unique membre espagnol de l’équipe internationale Jacques Pintor.
Une curiosité révélatrice apparaît ici, qui n’est ni anecdotique ni marginale, mais profondément symbolique : Jordi Picazo est — suis — à ce jour, selon les éléments disponibles, le seul journaliste espagnol membre du Chartered Institute of Journalists, premier ordre professionnel de journalistes au monde, titulaire d’une Royal Charter et basé à Londres. Un élément supplémentaire renforce la portée de la paradoxale situation : Winston Churchill, figure historique du mouvement international des juristes dont naîtrait la World Jurist Association, était également membre accrédité de cet institut. J’ai eu en outre le privilège d’être professeur titulaire dans l’établissement secondaire où Churchill fit ses études, école forte de plus de quatre siècles d’histoire, à Londres.
Autrement dit : le journaliste poursuivi appartient à la même tradition institutionnelle que la référence historique du jurisme international à laquelle le discours actuel de Cremades se réfère.
L’offensive juridique n’est ni abstraite ni rhétorique. Elle se concrétise par :
- des demandes de peine d’emprisonnement,
- des saisies conservatoires et des réclamations financières d’un montant considérable,
- des mesures de silence préventif,
- des restrictions personnelles, y compris le retrait du passeport,
le tout dans un contexte où le ministère public ne constate aucune infraction et reconnaît la finalité informative du travail journalistique.
Il ne s’agit donc pas d’un conflit théorique entre droit à l’honneur et liberté d’expression, mais d’un usage intensif de l’appareil judiciaire ayant un effet dissuasif, typiquement décrit dans la littérature internationale comme une SLAPP.
D’auditeur des abus à accusateur de l’informateur
La contradiction devient encore plus grave lorsqu’on intègre un fait objectif et incontestable :
Cremades & Calvo-Sotelo a été le cabinet mandaté par la Conférence épiscopale espagnole pour auditer les abus sexuels au sein de l’Église, pour un montant approximatif de 1,2 million d’euros.
Autrement dit :
le même cabinet qui se présente comme garant de la transparence et de la reddition des comptes au sein de l’Église,
dirige — directement ou indirectement — des actions judiciaires destinées à faire taire le journaliste qui documente des défaillances de conformité, des dissimulations et des abus de pouvoir au sein de cette même institution.
L’éloge de la rigueur… et la négation du journaliste
Le discours de Cremades lors des Prix du Club International de la Presse souligne que le journalisme doit être rigoureux, vérifié et responsable. Pourtant, dans la procédure engagée contre Picazo :
- sa qualité de journaliste est mise en cause,
- l’usage du blog comme outil professionnel est délégitimé,
- l’intérêt public des faits est réduit à une prétendue « sphère privée »,
- un silence préventif est imposé sans décision judiciaire définitive.
La contradiction est manifeste : la rigueur journalistique est célébrée dans les discours, mais sanctionnée lorsqu’elle dérange des structures de pouvoir concrètes.
La question qui ne peut plus être éludée
À la lumière de ces éléments — le discours public de Cremades, sa position institutionnelle et l’action concrète de son environnement professionnel — la question n’est plus rhétorique :
Un système qui sanctionne le journaliste enquêtant sur des abus, tout en récompensant l’avocat qui les audite, peut-il continuer à parler avec crédibilité de « primauté du droit » ?
Lorsque le langage de l’État de droit devient une coartade, il est nécessaire d’examiner non seulement ce qui est dit, mais aussi qui est poursuivi pour qu’il cesse de parler.
Yanelis Tovar. Editor
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